Une étude finlandaise rapporte que les besoins psychiatriques ne diminuent pas après la transition médicale (Ruuska et al. 2026)
- Magali Pignard
- 6 avr.
- 26 min de lecture
Dernière mise à jour : 19 avr.
Une nouvelle étude finlandaise rapporte que le recours aux soins psychiatriques spécialisés n'a pas diminué après une transition médicale chez les jeunes de moins de 23 ans, et a même fortement augmenté chez ceux ayant effectué une transition
médicale.

Ruuska et al. Psychiatric Morbidity Among Adolescents and Young Adults Who Contacted Specialised Gender Identity Services in Finland in 1996–2019: A Register Study, Acta Paediatrica, 2026
Cette étude de cohorte sur registre national examine la fréquence des troubles psychiatriques sévères chez l'ensemble des adolescents et jeunes adultes (moins de 23 ans) orientés vers les deux centres universitaires finlandais spécialisés dans la transidentité, entre 1996 et 2019 (n = 2 083), en vue d'une éventuelle transition médicale. Les résultats sont analysés en fonction du sexe biologique et du fait d'avoir ou non effectué une transition médicale. Cette fréquence est comparée à celle de 16 643 témoins issus de la population générale.
Méthode de cette étude finlandaise
Ce qui est mesuré
→ Le recours à un traitement psychiatrique de niveau spécialisé : oui/non, en comptabilisant le nombre de séances/visites.
Ce recours concerne des troubles suffisamment sévères pour justifier une prise en charge spécialisée, accessible uniquement aux patients dont la demande a été acceptée par un service psychiatrique spécialisé (ex : dépression sévère, troubles anxieux invalidants, troubles du comportement alimentaire, tentatives de suicide, troubles psychotiques, troubles de la personnalité). Selon la Dre Suvisaari, de Institut finlandais de la santé et du bien-être « les services spécialisés sont destinés aux problèmes les plus graves qui requièrent une expertise psychiatrique, tandis que les soins primaires prennent en charge les affections plus bénignes » (source : The Sun).
Le dépistage de ces troubles est régulier et systématique en milieu scolaire, et effectué de la même manière sur l’ensemble du territoire.
Les consultations liées à l'évaluation de l'identité de genre et les rv avec une équipe multidisciplinaire sont exclues du décompte.
Période de comptabilisation des recours à un traitement psychiatrique
Avant la « date index » (= première consultation pour dysphorie de genre)
Après la date index : comptabilisé uniquement si le recours se poursuit pendant au moins 2 ans après la première consultation (pour laisser le temps à l'évaluation de l'identité de genre et à l'éventuel début du traitement médical).
Le suivi se termine au décès ou en juin 2022 pour tous.
Appariement
Chaque adolescent du groupe dysphorie de genre est apparié à 8 témoins (4 garçons, 4 filles) du même âge et de la même ville de naissance. La date index du jeune concerné (date de sa première consultation dans le service de transidentité) est attribuée à ses témoins.
→ Exemple fictif : M. consulte le 1er mars 2015 à un des deux hôpitaux universitaires spécialisés en transidentité. M est apparié à 8 témoins du même âge et même ville de naissance, à qui on attribue comme date index le 1er mars 2015.
Pour M et les 8 témoins, on mesure :
avant le 1er mars 2015, les recours à un traitement psychiatrique spécialisé
les recours à un traitement psychiatrique spécialisé se poursuivant jusqu'au moins le1er mars 2017
Facteur de confusion potentiel contrôlé :les analyses tiennent compte des antécédents de soins psychiatriques spécialisés avant la date index, afin de distinguer les besoins préexistants des besoins apparus en suivi.
Résultats
Avant la date index, 45,7 % des adolescents orientés pour dysphorie de genre avaient déjà eu recours à un traitement psychiatrique spécialisé, contre 15,0 % des témoins (rapport d'environ 3). Ce recours était encore plus fréquent dans la période de suivi : 61,7 % des adolescents orientés avaient un traitement psychiatrique spécialisé se poursuivant au moins 2 ans après la date index, contre 14,6 % des témoins (rapport d'environ 4).
Parmi les adolescents orientés à partir de 2011, ces proportions étaient encore plus élevées que dans la cohorte 1996–2010, aussi bien avant la date index (47,9 % vs 15,3 % chez les témoins) qu'en suivi (61,3 % vs 14,2 %).
Parmi ceux ayant effectué une transition médicale (38.2 % des jeunes), la fréquence du recours à un traitement psychiatrique spécialisé a fortement augmenté entre la période pré-index et le suivi : de 9,8 % à 60,7 % dans le groupe féminisant, et de 21,6 % à 54,5 % dans le groupe masculinisant.

Même en tenant compte du fait que certains de ces adolescents avaient déjà des troubles psychiatriques avant leur première consultation dans le service de transidentité, le risque de développer de nouveaux besoins psychiatriques en suivi restait très élevé pour tous les adolescents orientés pour dysphorie de genre, qu'ils aient ou non effectué une transition médicale. Ce risque était environ 3 à 4 fois plus élevé que chez les filles de la population générale, et 5 à 6 fois plus élevé que chez les garçons de la population générale.
Une remise en question du modèle du stress minoritaire
Cette étude fournit des données qui remettent en question le modèle du stress minoritaire : si la stigmatisation et le rejet social étaient les principaux moteurs de la morbidité psychiatrique chez les adolescents orientés pour dysphorie de genre, on s'attendrait à une amélioration de la santé mentale à mesure que les sociétés deviennent plus acceptantes envers les personnes transgenres. Or les données montrent l'inverse : de 2011 à 2019, la proportion d'adolescents orientés au Service d'Identité de Genre qui avaient déjà nécessité un traitement psychiatrique spécialisé avant leur première consultation avait doublé par rapport aux cohortes antérieures.
Les auteurs notent que « Ce changement ne peut guère être attribué à une meilleure reconnaissance des troubles mentaux, puisqu'aucune augmentation similaire n'a été observée dans le groupe témoin. La théorie du stress minoritaire postule que les troubles mentaux chez les personnes s'identifiant comme transgenres découlent en grande partie de préjugés réels et intériorisés. Avec l'ouverture de la société à l'égard des minorités sexuelles et de genre, on aurait pu s'attendre à une diminution de la morbidité psychiatrique dans les cohortes de dysphorie de genre plus récentes, bien qu'une stigmatisation réduite puisse également favoriser le recours aux soins. L'augmentation notable du nombre de personnes contactant le service d'identité de genre et la morbidité psychiatrique accrue parmi elles depuis les années 2010 pourraient également suggérer que, pour certains, les difficultés de santé mentale peuvent se manifester sous forme de préoccupations liées à l'identité de genre ».
Les auteurs concluent à la nécessité d'une évaluation psychiatrique approfondie et d'un suivi continu avant, pendant et après toute transition médicale.
Forces
Le fait que ce soit une étude sur registre national implique que la cohorte est exhaustive (tous les individus orientés sont inclus, sans sélection), il n'y a aucune perte au suivi (le signalement est obligatoire), la taille de l'échantillon est importante (2 083 cas et 16 643 témoins), la période couverte est longue (trois décennies), et les données sont objectives car elles reposent sur des enregistrements administratifs et médicaux standardisés, et non sur des auto-déclarations.
Le seuil uniforme national garantit que la détection ne dépend pas du lieu de vie ou du médecin qui oriente, ce qui élimine une source de variabilité.
Le dépistage scolaire systématique s'applique à tous les élèves finlandais, groupes dysphorie de genre et témoins confondus. Les témoins ne sont donc pas des personnes qui n'auraient jamais été évaluées, ils ont été évalués régulièrement tout au long de leur scolarité, exactement comme les jeunes concernés.
L'étude inclut un groupe témoin issu de la population générale, ce qui est rare dans ce domaine et permet d'estimer la morbidité réellement excessive par rapport à des jeunes comparables. Enfin, la majorité des sujets ayant été orientés dans les années 2010, les résultats sont probablement applicables aux jeunes concernés aujourd'hui.
Limites de l’étude, reconnues par les auteurs
La variable mesurée est le recours aux soins, et non la santé mentale directement, donc on ne mesure pas la sévérité et le type de troubles.
La répartition entre le groupe ayant effectué une transition médicale (GR+) et celui ne l'ayant pas effectuée (GR–) n'était pas aléatoire. Les adolescents présentant des troubles psychiatriques sévères étaient moins susceptibles d'être acceptés pour une transition médicale, et se retrouvaient donc plus souvent dans le groupe GR–. Les deux groupes ne partent donc pas du même point, ce qui rend leur comparaison difficile, même si les auteurs essaient de corriger ce problème par des ajustements statistiques.
Autres limites éventuelles
L'étude ne peut pas établir de causalité : on ne sait pas si c'est la transition qui cause l'augmentation des besoins psychiatriques, ou si d'autres facteurs expliquent cette trajectoire. Par exemple, l'augmentation du recours psychiatrique après la transition pourrait refléter une meilleure reconnaissance et acceptation de la souffrance psychologique une fois la transition engagée, plutôt qu'une dégradation réelle. Ou bien, des attentes non satisfaites vis-à-vis de la transition pourraient contribuer à une détresse secondaire, indépendamment de tout effet hormonal direct.
Il n'y a pas d'information sur le moment précis de la transition médicale par rapport à l'évolution psychiatrique.
L'étude suppose que le système finlandais centralisé capture l'ensemble des transitions médicales. Mais il est possible que certains adolescents aient eu accès à des hormones en dehors du circuit officiel, via des médecins privés, des achats en ligne par exemple, et ils ne seraient donc pas comptés dans le groupe ayant effectué une transition médicale. Cependant, ce nombre est sans doute faible compte tenu du fort degré de centralisation du système finlandais et de la garantie de remboursement des traitements (les personnes ayant reçu un diagnostic de transsexualisme F64.0 (et F64.8 depuis 2020) dans les services centralisés d'identité de genre ont droit à un remboursement spécial (code 121) pour leur traitement hormonal lorsque celui-ci se poursuit depuis plus d'un an.
Réponse de R. Kaltiala à une critique de l'étude
L'une des critiques formulées (par Erin Reed) soutient que les consultations psychiatriques étant systématiquement requises dans le cadre du processus de transition de genre en Finlande, leur fréquence élevée dans cette population ne constitue pas nécessairement un indicateur de morbidité psychiatrique sévère.
Concernant cette critique, le journaliste Bernard Lane a interrogé la Pre Riittakerttu Kaltiala, qui a coordonné l'étude :
« En Finlande, on n'est pas admis dans les services de niveau spécialisé si l'on n'a pas du tout de troubles mentaux ou si l'on ne présente que des troubles et des problèmes légers. Les services de niveau primaire sont disponibles pour les besoins liés aux troubles plus légers et aux difficultés psychosociales. Les jeunes orientés pour dysphorie de genre dans cette étude étaient bien plus susceptibles que les témoins appariés d'avoir des antécédents de troubles mentaux sévères, remontant souvent à plusieurs années avant leur arrivée au service de genre. Ainsi, beaucoup ont développé des sentiments de dysphorie de genre dans le contexte de troubles sévères. Les troubles mentaux sévères à l'adolescence ont généralement le potentiel de compliquer le développement identitaire. Il semble plutôt que les sentiments de dysphorie de genre sont parfois secondaires aux troubles mentaux sévères. Si c'était l'inverse, et que les troubles mentaux étaient secondaires à la dysphorie, ces troubles devraient s'atténuer avec la réassignation médicale de genre. » Pre Riittakerttu Kaltiala
Or c'est précisément l'inverse qui est observé dans l'étude : le recours aux services psychiatriques spécialisés a augmenté après la transition médicale, ce qui contredit l'hypothèse selon laquelle les troubles psychiatriques seraient secondaires à la dysphorie de genre.
Concernant la critique, voici les arguments
La date index n'est pas la date de début du traitement
L'étude commence à compter les contacts psychiatriques à partir de la 1re consultation au service de genre, et non à partir du début du traitement hormonal. Or il est possible qu'il s'écoule un temps variable entre les deux.
Cependant, les auteurs ont attendu 2 ans après la date index avant de commencer à comptabiliser les contacts psychiatriques, précisément pour laisser le temps au processus d'évaluation et au début du traitement.
Mais Reed répond que pour beaucoup de patients, ces 2 ans s'écoulent encore pendant l'évaluation, pas après le début des hormones. Par ex., si un jeune consulte au service de genre le 1er janvier 2015 et qu'il obtient ses hormones seulement en janvier 2017, il est alors au tout début du traitement au moment où commence l'enregistrement de ses contacts psychiatriques.
Il faut quand même rappeler que l'étude n'affirme pas que le traitement cause une détérioration psychiatrique. Elle dit simplement que les besoins psychiatriques ne diminuent pas après la transition médicale, contrairement à ce qui était attendu selon le protocole néerlandais. C'est une nuance importante que Reed ignore.
Les jeunes qui transitionnent consulteraient d'avantage parce qu'ils sont davantage surveillés
Reed affirme que ces jeunes concernés seraient très surveillés sur le plan psychiatrique dans le cadre de leur parcours de genre, donc on trouve plus de contacts psychiatriques simplement parce qu'on les surveille plus, pas parce qu'ils vont vraiment plus mal.
Cependant, les services psychiatriques spécialisés comptabilisés dans l'étude ne sont pas des consultations de suivi routinier. En Finlande, comme le rappelle la Pre Kaltiala, on n'accède à ces services que sur référence acceptée, et uniquement en cas de troubles sévères. Si ces jeunes consultaient ces services plus fréquemment après la transition médicale, c'est probablement qu'ils en avaient besoin, pas simplement parce qu'on les surveillait de plus près.
La variable binaire est trop grossière
Reed critique le fait que l'étude utilise une variable binaire : un seul contact psychiatrique compte autant qu'une hospitalisation. C'est une limite réelle que les auteurs reconnaissent eux-mêmes (ils ne mesurent pas la sévérité et le type de trouble).
Mais l'étude présente aussi le nombre total de contacts psychiatriques sur toute la vie, catégorisé en tranches. Et les chiffres sont frappants : 27,6 % des jeunes orientés pour dysphorie de genre ont eu plus de 101 contacts psychiatriques spécialisés durant tout le suivi, contre seulement 4,3 % des contrôles (tableau 1).
101 contacts avec des services réservés aux troubles sévères, ce n'est pas de la surveillance de routine. C'est des années de suivi intensif.
Attaque ad hominem contre Kaltiala : « l'une des militantes anti-trans les plus en vue dans le monde médical »
Pas crédible : les données viennent de registres nationaux finlandais, pas de la clinique de Kaltiala seule. Même si elle était la pire militante du monde, ça ne change pas les chiffres des registres.
Journal de faible impact
Pas crédible : l'impact factor ne dit rien sur la validité des données d'une étude spécifique. C'est un argument rhétorique, pas scientifique.
Les pratiques abusives de la clinique auraient causé des traumatismes
Reed n'apporte aucune donnée pour le démontrer, autre que des témoignages rapportés par une publication militante, non vérifiés indépendamment.
Pourquoi cette étude contredit les autres études ?
Les résultats de Ruuska et al. sont en contradiction avec plusieurs études observationnelles rapportant des améliorations de la santé mentale des jeunes qui transitionnent. Comment l'expliquer ?
Les études observationnelles rapportant des améliorations de la santé mentale sont menées sur des patients recrutés dans des cliniques spécialisées, sur de petits échantillons, avec des périodes de suivi courtes, souvent un an, et des mesures auto-rapportées. La quasi-totalité de ces études n'incluent pas de véritable groupe de comparaison, ce qui rend impossible de savoir si les améliorations observées sont attribuables aux interventions hormonales plutôt qu'à d'autres facteurs. De même, la plupart ne rapportent pas les traitements concomitants (psychothérapie, médicaments psychotropes, soutien psychosocial lié au suivi régulier). Or, en l'absence de ce contrôle, tout bénéfice observé pourrait tout aussi bien s'expliquer par ces facteurs que par l'intervention hormonale elle-même. Elles ont également beaucoup de données manquantes (McDeavitt et al., 2025 Pediatric Gender Affirming Care is Not Evidence-based). C'est précisément l'ensemble de ces insuffisances qui explique que les revues systématiques ayant appliqué le cadre GRADE ont généralement conclu à une certitude des preuves faible ou très faible pour les bénéfices des interventions hormonales sur la santé mentale.
Un autre problème, identifié par McDeavitt (2024), concerne les conclusions que tirent les auteurs de leurs propres résultats. Plusieurs études formulent des conclusions favorables aux interventions hormonales alors même que leurs résultats sont non significatifs, d'une ampleur cliniquement négligeable, ou franchement négatifs.
L'étude finlandaise, elle, couvre l'ensemble de la population nationale orientée pour dysphorie de genre sur près de trois décennies, sans filtre de sélection, et mesure le recours objectif et obligatoirement enregistré aux services psychiatriques spécialisés.
Commentaires de Riittakerttu Kaltiala et Mikael Landén, receuillis par Benjamin Ryan
Pre Riittakerttu Kaltiala est professeure de psychiatrie de l'adolescent à l'Université de Tampere, chargée de fonder l'un des deux services de genre pour jeunes en Finlande en 2011. Elle a coordonnée cette étude et une étude prédente avec la même cohorte (Ruuska et al., 2024).
Pr Mikael Landén est coauteur de la revue systématique suédoise de 2023 sur la médecine de genre pédiatrique et chercheur principal en épidémiologie médicale et biostatistique à l'Institut Karolinska de Stockholm.
Pre Riittakerttu Kaltiala (par Benjamin Ryan, Substack, 17 avril 2026)
Est-il exact de dire que le simple fait d'être en contact avec un service d'identité de genre et d'avoir une réassignation de genre rendrait les jeunes de la cohorte plus susceptibles d'être orientés vers un psychiatre spécialiste qu'une personne de la population générale, même s'ils présentaient une comorbidité psychiatrique similaire ?
Non. Les soins psychiatriques de niveau spécialisé sont dispensés en cas de troubles mentaux sévères, et le besoin est évalué selon des critères d'équité nationaux visant à maintenir un accès égal sur l'ensemble du territoire. Les orientations vers des services psychiatriques spécialisés émanant de différents prescripteurs (tels que les soins primaires, les services d'identité de genre, la médecine du travail, la santé scolaire, les praticiens privés) sont évaluées de la même manière quelle que soit leur provenance.
Certains critiques de cette étude ont suggéré que cette supposée probabilité accrue d'être orienté vers ces soins du fait de la fréquentation d'un service de genre expliquerait à elle seule l'augmentation du recours aux soins psychiatriques spécialisés dans la cohorte étudiée. Serait-il exact de dire que c'est une exagération ?
Ce n'est pas un argument valable, voir ci-dessus. Les orientations vers les soins psychiatriques spécialisés sont évaluées de la même manière quelle que soit leur provenance, et les soins sont dispensés en cas de troubles mentaux sévères.
Par ailleurs, les jeunes en Finlande bénéficient de plusieurs bilans de santé complets au cours de leur développement, qui incluent un volet santé mentale. La santé psychosociale et mentale de tous est donc évaluée régulièrement à intervalles fixes. Tous auraient été orientés vers des soins psychiatriques si le besoin s'en était avéré. La santé mentale du groupe témoin a été examinée à plusieurs reprises.
Pour les problèmes de santé mentale moins graves, des services de conseil existent en soins primaires, en médecine du travail et en santé scolaire, et les personnes peuvent bien entendu recourir à des services privés avec leurs propres ressources. Mais notre étude portait sur le fait d'être en traitement dans des services psychiatriques spécialisés, ce qui signifie que nous nous sommes concentrés uniquement sur les besoins psychiatriques sévères.
Nous avons examiné le recours aux soins psychiatriques deux ans ou plus après l'évaluation de l'identité de genre. Même si le contact avait été initié en raison de ce qui avait été observé lors de cette évaluation, deux ans plus tard, tout problème relativement passager aurait disparu. L'évaluation de l'identité de genre ne constitue pas une voie directe vers les soins psychiatriques spécialisés, même si des problèmes de santé mentale légers ont été détectés. Les problèmes légers et modérés sont traités en soins primaires. La psychiatrie spécialisée prend en charge les personnes souffrant de troubles sévères, quelle que soit la source de l'orientation.
Une critique de votre étude est que vous vous êtes appuyés sur une question binaire - la personne a-t-elle ou non consulté un psychiatre spécialiste pendant la période de suivi ? - ce qui pourrait avoir masqué une grande variété de comorbidités psychiatriques, et pourrait même avoir inclus des personnes n'ayant vu un tel spécialiste qu'une seule fois, sans comorbidité psychiatrique réelle. Quelle est votre réponse à cette critique ?
Il existe en effet des personnes qui ne voient un psychiatre qu'une seule fois, même dans les soins spécialisés. Ce serait une question intéressante à étudier : qu'est-ce qui est suffisamment grave pour justifier l'accès à un service spécialisé et vous y faire effectivement aller, sans que rien de plus ne s'ensuive ?
D'un autre côté, ce contact unique supposé pourrait également correspondre à une seule hospitalisation. L'hospitalisation n'est proposée que dans les cas les plus sévères.
Les personnes souffrant de dysphorie de genre avaient eu besoin d'une prise en charge psychiatrique bien plus intensive, non seulement elles avaient été en contact avec les services, mais elles avaient aussi plus fréquemment eu un contact très intensif ou prolongé.
Avez-vous une idée de la répartition du nombre de rendez-vous parmi ceux qui ont consulté un psychiatre spécialiste pendant la période de suivi ?
Je n'ai pas examiné cela. Peut-être ultérieurement.
Quoi qu'il en soit, si une orientation vers des soins psychiatriques spécialisés est acceptée, cela indique davantage que de simples difficultés psychosociales ou un désir d'approfondir la connaissance de soi.
Pourquoi, dans cette étude comme dans votre étude de 2024 sur le suicide (Ruuska et al., 2024), avez-vous choisi comme groupe témoin des individus du même âge issus de la population générale, plutôt que de comparer directement les groupes ayant subi une réassignation de genre (GR+) et ceux ne l'ayant pas subie (GR-) ?
Les témoins issus de la population générale constituent la référence de base. Nous ne pouvons pas dire qu'un problème de santé est ou n'est pas « courant» ou « plus courant » chez les personnes avec une dysphorie de genre si nous ne les comparons pas à des témoins du même âge dans la population générale. À notre connaissance, pratiquement aucune étude antérieure n'avait directement comparé les problèmes de santé mentale des personnes ayant une dysphorie de genre à la situation de la population générale du même âge.
Souhaitez-vous dire quelque chose sur votre propre expérience d'observation d'adolescents et de jeunes adultes subissant une réassignation de genre ? Cette étude a-t-elle essentiellement confirmé vos observations selon lesquelles de nombreux jeunes se détériorent sous ce traitement ?
Oui, en effet. C'est précisément nos observations initiales dans le travail clinique qui nous ont conduits à percevoir la nécessité d'une recherche plus systématique et à plus grande échelle. Nous avons d'abord constaté que les jeunes qui consultaient les services d'identité de genre présentaient une morbidité psychiatrique bien plus importante que ce que la littérature permettait d'anticiper. Nous avons rapidement remarqué que ceux qui procédaient à une réassignation de genre médicale ne s'épanouissaient pas, même si l'hypothèse théorique était que celle-ci résoudrait les difficultés de santé mentale et psychosociales. Ces observations ont été rapportées dans nos articles antérieurs. C'est pourquoi la recherche scientifique est nécessaire.
Vous suggérez que les attitudes des Finlandais à l'égard de l'identité transgenre chez les jeunes se sont améliorées au cours de la période d'étude, ce qui contredit la théorie du stress minoritaire. En avez-vous des preuves documentées ?
Cela peut se déduire notamment des débats publics dans les médias et les réseaux sociaux, de l'essor et du fort soutien au mouvement Pride au sein de diverses organisations, des initiatives législatives, de la visibilité des questions relatives aux minorités sexuelles et de genre dans divers contextes, des mouvements étudiants, de la diversité croissante de l'expression de soi chez les adolescents et de leurs témoignages dans les contextes où ils rencontrent des professionnels (école, santé et services sociaux).
Comment répondez-vous aux affirmations courantes selon lesquelles vous seriez anti-transgenre et auriez depuis longtemps un biais tenace contre les personnes entreprenant une réassignation de genre ?
De telles affirmations sont formulées dans le but de me diffamer et, à travers cela, de minimiser la valeur des résultats de recherche de mon équipe. Je n'ai pas de biais contre les personnes entreprenant une réassignation de genre et je ne suis pas anti-transgenre. Je suis préoccupée par le fait que les interventions médicales doivent toujours être fondées sur des preuves. Il doit exister des données montrant que les interventions médicales produisent les effets escomptés. La réassignation de genre médicale chez les mineurs a été justifiée par l'hypothèse qu'elle entraînerait une amélioration de la santé mentale, du fonctionnement et de la qualité de vie. Nos recherches suggèrent que ces effets ne sont pas obtenus.
Certaines personnes peuvent effectivement tirer bénéfice d'une réassignation de genre médicale. Mais une solution unique ne convient pas à tous. De nombreux adolescents en détresse par rapport à leur genre ont besoin d'autres interventions plus urgentes, par exemple un traitement approprié des troubles psychiatriques sévères. Nous ne devons pas proposer une réassignation de genre médicale à des jeunes qui sont peu susceptibles d'en tirer bénéfice, ou qui pourraient même en être affectés négativement. Le développement identitaire est encore en cours pendant les années d'adolescence.
Quand la Finlande a-t-elle commencé à restreindre fortement l'accès des jeunes à la réassignation de genre, et pour quelle tranche d'âge ces restrictions s'appliquent-elles ?
Des recommandations nationales, plus prudentes que les développements internationaux, sont parues en 2020.
Avez-vous des données donnant une idée du délai entre la première consultation au service genre, c'est-à-dire la date d'indexation, et le début de la réassignation de genre chez les jeunes ?
L'évaluation se déroule sur environ un an, après quoi, si cela est approprié, le traitement commence.
Pourquoi pensez-vous qu'il y avait un écart aussi important dans le recours préalable aux soins psychiatriques spécialisés entre les groupes GR+ et GR- ?
Une morbidité psychiatrique sévère lors de l'évaluation de l'identité de genre peut constituer une contre-indication à la réassignation de genre médicale. Elle complique souvent la formation de l'identité et peut également réduire la capacité à prendre des décisions équilibrées concernant des interventions irréversibles. Ceux qui présentaient de tels problèmes psychiatriques sévères lors des évaluations avaient généralement un long passé psychiatrique bien antérieur à leur prise de contact avec les services d'identité de genre.
Pourquoi avez-vous choisi le recours à la psychiatrie spécialisée comme variable de résultat plutôt qu'une autre variable ? Était-ce en partie parce que vous disposiez déjà de ces données issues de votre étude sur le suicide ? Ou pensiez-vous qu'il s'agissait de la variable la plus fiable disponible ?
Les informations enregistrées de manière routinière dans les registres de soins de santé nationaux en Finlande, comme dans les autres pays nordiques, sont complètes et fiables et ne présentent aucune perte au suivi. Ces registres sont largement utilisés dans diverses recherches épidémiologiques portant sur des maladies de différents types. Il est important que ces informations soient utilisées pour produire des connaissances guidant le développement des services et les politiques de santé.
Pourquoi n'avez-vous pas également pris en compte la date de début de la réassignation de genre dans votre analyse ?
Si cette question porte sur le fait de savoir si la réassignation de genre avait déjà influencé la vie des personnes traitées, je souligne que le fait de bénéficier d'un remboursement spécial pour un traitement hormonal masculinisant ou féminisant indique en soi que le traitement hormonal était en cours depuis au moins un an (car ce remboursement spécial est accordé après que le traitement a été initié et stabilisé, après une année d'utilisation).
Si cela fait référence à une tendance temporelle, c'est la raison pour laquelle nous avons contrôlé à la fois l'année d'indexation et l'année de naissance. Les époques (environnement psychosocial) peuvent avoir changé et les cohortes plus jeunes peuvent être différentes des plus anciennes, mais les effets temporels peuvent être contrôlés dans des modèles multivariés.
Est-il possible qu'une partie des soins psychiatriques spécialisés auxquels les patients GR+ ont eu recours soit liée au stress engendré par un long délai d'attente pour obtenir une réassignation de genre ?
Non, le simple fait de vivre une situation stressante n'est pas une raison d'être admis dans des services psychiatriques spécialisés.
Y a-t-il des raisons pour lesquelles vous n'avez pas contrôlé davantage de variables, telles que le statut socio-économique ou d'autres différences majeures entre les groupes GR+ et GR- ?
Tout ne peut pas figurer dans une seule étude. Les résultats actuels susciteront de nouvelles questions.
À l'avenir, quel type de recherche de suivi pourrait s'appuyer sur vos résultats et parvenir à des conclusions plus définitives ?
En ajoutant des aspects et des variables que les chercheurs jugent actuellement manquants.
Quelles conclusions les gens ne devraient-ils pas tirer de votre étude, ou à propos desquelles devraient-ils être particulièrement prudents ?
Que tout serait désormais résolu. Il y a toujours place pour davantage de détails. La science médicale doit s'efforcer d'accumuler des connaissances et de réfléchir aux pratiques actuelles à la lumière des connaissances qui s'accumulent.
Nos résultats suggèrent que les espoirs, voire les promesses, d'effets positifs de la réassignation de genre médicale sur la santé mentale des jeunes ont été exagérés. Il existe cependant des personnes qui peuvent avoir une meilleure vie grâce à la réassignation de genre médicale, parfois même lorsqu'elle est initiée pendant les années de développement. Les décisions thérapeutiques doivent être fondées sur une évaluation soigneuse et globale, et nos résultats soulignent que la réassignation de genre médicale pendant les années de développement doit être utilisée avec prudence.
Est-ce que selon vous, le fait que les deux groupes étaient différents au départ suffirait à expliquer vos résultats ?
Au niveau descriptif [tableau 3], ceux qui ont procédé à une réassignation de genre médicale présentaient une morbidité psychiatrique moins importante avant les évaluations et les interventions que ceux qui n'y ont pas procédé. Mais en définitive, les deux groupes avaient de manière similaire une morbidité psychiatrique plus importante que les témoins, et les pourcentages se situaient dans la même fourchette. La morbidité psychiatrique a augmenté dans le premier groupe (GR+) et est restée au même niveau dans le second (GR-).
Dans les modèles statistiques plus poussés (régression de Cox), nous avons formellement tenu compte de ces différences initiales, ainsi que de l'époque des consultations et de l'année de naissance. Après ces ajustements, les écarts entre GR+ et GR- s'estompent : tous les groupes présentent un risque similairement élevé par rapport aux témoins [entre 4,7 et 6,1 fois supérieur aux hommes témoins, et 3,0 à 3,7 fois supérieur aux femmes témoins].
Donc les différences initiales entre les groupes n'expliquent pas nos résultats.
Pr Mikael Landén
Comment caractériseriez-vous la méthodologie de cette étude, notamment ses forces et ses faiblesses ?
Les forces sont évidentes :
La cohorte large et représentative avec une perte au suivi minimale (voire nulle).
Le recours à des critères de jugement objectifs (utilisation des services psychiatriques) plutôt qu'à des symptômes auto-évalués ou évalués par un professionnel, susceptibles d'être biaisés.
L'utilisation d'un groupe témoin apparié.
Le suivi relativement long par rapport aux études d'une durée de 6 à 12 mois.
Il existe également des faiblesses. Nous ne connaissons pas les raisons pour lesquelles les participants ont eu des contacts psychiatriques. L'annexe liste les groupes diagnostiques CIM-10, mais ceux-ci sont larges. Je me demande pourquoi ils n'ont pas présenté de données plus granulaires. Ils présentent des analyses inter-groupes. Mais l'ajout d'analyses intra-individuelles, qui auraient éliminé les facteurs confondants non variants dans le temps, aurait renforcé l'article. La grande différence entre ceux qui procèdent au traitement médical est confondue par l'indication, ce que les auteurs reconnaissent . C'est-à-dire qu'ils ont probablement été sélectionnés pour le traitement parce qu'ils présentaient une meilleure santé mentale.
Dans quelle mesure l'étude démontre-t-elle bien ou mal que les jeunes ayant entrepris une réassignation de genre ont pu développer par la suite une détérioration de leur santé mentale ?
Elle montre clairement que le recours aux services psychiatriques a augmenté au niveau du groupe. Lorsque j'ai vu les chiffres, le changement avant-après était si dramatique que j'ai pensé qu'ils avaient accidentellement inclus les soins post-réassignation de genre pour la dysphorie de genre. Mais ils écrivent qu'ils l'ont exclu, nous devons donc accepter que les données descriptives sont réelles. Bien qu'il soit logique que cette augmentation du recours aux services corresponde à une dégradation de la santé psychiatrique, il y a quelques réserves :
Une cause possible de l'augmentation est que les patients sont soigneusement dépistés pour les troubles psychiatriques et donc orientés pour le traitement des troubles comorbides. Ils affirment que tous les enfants sont dépistés en Finlande, mais ce n'est pas la même chose qu'être dépisté par des professionnels de santé mentale. Cependant, si c'était un problème majeur, nous aurions dû observer la même augmentation dans le groupe GR-, ce que nous n'observons pas.
La granularité limitée restreint l'interprétation. Ces contacts sont-ils dus à des tentatives de suicide graves ou à une brève psychothérapie ? Quelles sont les raisons réelles sous-jacentes à l'augmentation du recours aux services ? Nous ne le savons pas. Par conséquent, je dirais prudemment que ces chiffres démontrent clairement que le recours aux services psychiatriques augmente après la réassignation de genre, mais les raisons spécifiques et les besoins associés, ainsi que la sévérité des symptômes, sont inconnus et devraient être étudiés plus avant pour donner une image plus claire.
Dans quelle mesure l'étude démontre-t-elle bien ou mal que la dysphorie de genre pourrait être l'expression d'une psychopathologie plus profonde chez les jeunes ?
La comparaison avant et après 2010 est intéressante, où il apparaît clairement que les comorbidités psychiatriques ont augmenté parmi ceux qui consultent pour une dysphorie de genre. Il est également clair que la comorbidité psychiatrique est désormais présente chez la moitié des sujets avant qu'ils ne consultent pour une dysphorie de genre.
C'est le sujet d'un débat éternel : la mauvaise santé mentale est-elle la cause de la dysphorie de genre ? Ou la dysphorie de genre est-elle la cause de la mauvaise santé mentale ? Ce n'est pas nécessairement l'un ou l'autre. Les chiffres sont certainement cohérents avec l'idée que d'autres problèmes de santé mentale contribuent à la dysphorie de genre. À la vue de ces chiffres, il est clair que le profil a changé depuis 2011. Il est donc probable que la mauvaise santé mentale augmente la probabilité de consulter pour une dysphorie de genre chez de nombreux enfants, peut-être parce qu'elle offre une explication à leur souffrance. Mais l'idée que la dysphorie de genre contribue à d'autres problèmes de santé mentale pourrait rester vraie pour certains.
Comment la méthodologie de cette étude se compare-t-elle à celle d'autres études majeures dans ce domaine, telles que De Vries 2011 et 2014, Tordoff 2022 et Chen 2023 ?
Ces études sont de nature complètement différente sur le plan méthodologique. Les deux types d'études sont importants.
Les études cliniques (sans entrer dans les problèmes spécifiques à ces études particulières, qui ont déjà été abordés ailleurs) ont l'avantage d'étudier la sévérité des symptômes dans de nombreux domaines, un phénotypage approfondi et des mesures répétées. Mais leurs faiblesses sont les petits échantillons, l'absence de groupe témoin, l'attrition élevée et le biais de l'évaluateur.
C'est pourquoi ces études observationnelles sur registres sont très importantes. Mais ce que l'on gagne en taille d'échantillon, en faible attrition et en groupe de comparaison, on le perd en détails. Par exemple, le calendrier précis des interventions.
Mais pour répondre à la question limitée : quelle est la quantité de services psychiatriques utilisés avant et après ? Ruuska est une étude bien meilleure.
Certains ont soutenu que, du fait que les jeunes ayant recours à une réassignation de genre étaient en contact régulier avec la psychiatrie en raison de leur fréquentation d'un service de genre, cela aurait augmenté leur probabilité d'être ensuite orientés vers un psychiatre spécialiste, rendant les consultations avec un tel psychiatre dépourvues de sens comme mesure de résultat. Qu'en pensez-vous ?
J'y ai fait allusion ci-dessus. Je pense que cette critique est partiellement valide, mais pas fatale. Le contact avec les services de genre peut augmenter la détection et l'orientation. Par conséquent, on ne devrait pas interpréter sans esprit critique le résultat comme un indicateur pur de détérioration psychiatrique. D'autres facteurs peuvent expliquer partiellement l'effet. Mais en Finlande, le traitement psychiatrique spécialisé nécessite des orientations et un niveau de sévérité au-delà du simple conseil. De plus, la distribution des contacts suggère qu'il ne s'agissait pas simplement d'événements ponctuels.
Ainsi, bien que la critique affaiblisse les interprétations causales et de sévérité, je ne suis pas d'accord pour dire qu'elle rend les résultats dépourvus de sens. Si le résultat est interprété comme « un recours accru en soins psychiatriques spécialisés » plutôt que comme une preuve directe d'aggravation de la psychopathologie, l'article montre clairement que c'est bien ce qui se produit.
Une autre critique de l'article est qu'il repose sur une question binaire : la personne a-t-elle ou non eu un rendez-vous avec un psychiatre spécialiste. Cela pourrait inclure un large éventail de nombres de rendez-vous, y compris un seul rendez-vous. Cela pourrait donc caractériser inexactement un certain nombre de jeunes comme ayant bénéficié de soins psychiatriques intensifs alors qu'ils n'y sont allés qu'une seule fois.
Eh bien, il est bien sûr vrai qu'une consultation n'est pas la même chose que plusieurs. Et je conviens que le recours à un critère binaire atténue les nuances. Cela aurait pu être analysé plus en détail, ce qui aurait apporté des informations importantes. Cela dit, l'essentiel est qu'ils comparent à la fois avec un groupe témoin et avant et après la réassignation de genre. De plus, ils ont rapporté le nombre total de contacts au cours de la vie par catégories, montrant un recours global aux services psychiatriques bien plus important dans la cohorte souffrant de dysphorie de genre que chez les témoins.
L'étude n'indique pas quand les jeunes ont commencé la réassignation de genre et se contente de choisir deux ans après la date d'indexation comme point de départ de la période de suivi, ce qui pourrait inclure une période pendant laquelle les jeunes attendaient encore la réassignation de genre ou n'en étaient qu'aux premières phases.
Oui, c'est une limitation. C'est une règle pragmatique grossière. Cela pourrait être dû au fait qu'ils n'avaient pas de moyen fiable de déterminer une date pour la réassignation de genre. Cela signifie que les données sont issues d'une période « plus avancée dans le parcours » plutôt que clairement après le début de la réassignation de genre. Cela n'invalide pas les données, mais ajoute un certain bruit inconnu.
Quelles sont vos réflexions sur les raisons pour lesquelles il pourrait y avoir un écart aussi important dans le recours initial aux soins psychiatriques spécialisés entre les groupes GR+ et GR- ?
La plus évidente est la sélection. Ils notent qu'une morbidité psychiatrique sévère peut constituer une contre-indication à la réassignation de genre, de sorte que les groupes GR- sont enrichis en patients présentant des problèmes psychiatriques plus sévères.
Quelles conclusions les gens ne devraient-ils pas tirer de cet article, ou à propos desquelles devraient-ils être particulièrement prudents ?
Cet article est convaincant en ce qui concerne le recours aux services. Et à cet égard, la réassignation de genre augmente clairement le recours aux services psychiatriques. C'est une information importante qui devrait être prise au sérieux. Mais bien que cela soit cohérent avec une détérioration de la santé psychiatrique, il est difficile de prouver la causalité dans les études observationnelles. L'étude, à mon avis, ne prouve pas que la santé psychiatrique se détériore, ni de quelle manière, pour les raisons que j'ai exposées ci-dessus. Mais elle ne suggère certainement pas non plus une amélioration de la santé mentale après la réassignation de genre.
Autres critiques de cette étude
Critique par Evan Urquhart : Finland is Incredibly Bad at Treating Transgender Young People, avril 2026
Evan Urquhart a réitéré des affirmations qu'il avait formulé dans un article de 2024 sur la précédente étude de la même équipe finlandaise (Ruuska et al., 2024), selon lesquelles les Finlandais géreraient un système cauchemardesque de cliniques de genre pour les jeunes. Il a renversé la conclusion principale de l'étude, imputant les mauvais résultats psychologiques à ce qu'il présentait comme une maltraitance des jeunes transgenres par les cliniques de genre.
La Dre Kaltiala, auteure principale de ces deux études, avait alors qualifié les affirmations de M. Urquhart d' « absurdités » (voir le post de Benjamin Ryan du 20 aoît 2024.
Critique par Gideon Meyerowitz-Katz : Does Gender-Affirming Care Make Mental Health Worse?, avril 2026
L'argument principal cette critique est que le système ayant orienté les jeunes vers une clinique de genre aurait également eu toutes les chances de les orienter ensuite vers des soins psychiatriques. Selon lui, ce biais structurel expliquerait à lui seul l'augmentation du recours aux soins psychiatriques chez ceux ayant bénéficié d'un traitement de transition de genre, rendant la variable « inexploitable ».
Selon Benjamin Ryan (Substack, 17 avril 2026), Gideon Meyerowitz-Katz a complètement manqué le fait qu'en Finlande, les services de soins primaires prennent en charge les problèmes de santé mentale moins graves. Les personnes ne sont généralement orientées vers des soins psychiatriques spécialisés que si elles présentent des problèmes de santé mentale plus sévères. Par conséquent, une orientation pour une telle prise en charge est en soi porteuse d'information : elle signifie que le problème de santé mentale en question n'a pas été jugé traitable en soins primaires.
Critique par Laura Targownik : Unfin(n)ished Business: What the Finnish Registry Study Can and Cannot Tell Us About Mental Health in Gender-Dysphoric Youth, avril 2026
Si elle a également critiqué la variable de résultat de l'étude, ses critiques sont dans l'ensemble bien plus élaborées que celles de Gideon Meyerowitz-Katz et Erin Reed.




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