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Détransition : analyse de l'étude Boskey et al. (2025)

27 juil. 2025
4 min de lecture

Dernière mise à jour : 10 oct.

Commentaires concernant l’étude de Boskey et al. (2025) sur la détransition chez les adolescents qui s'identifient transgenres : A Retrospective Cohort Study of Transgender Adolescents' Gender-Affirming Hormone Discontinuation, Journal of Adolescent Health

Boskey, étude, détransition transidentité mineurs

Cette étude rétrospective, menée au Boston Children’s Hospital, a été présentée par Trajectoire Jeunes Trans (janv. 2025) comme une preuve que les cas de détransition sont extrêmement rares chez les jeunes qui s'identifient trans et qui ont initié une hormonothérapie. Cette étude rapporte que seuls 0,5 % des 1 050 jeunes inclus auraient arrêté les hormones car « ils se sont réidentifiés au genre correspondant à leur sexe de naissance »


L'étude s'appuie sur un examen des dossiers de jeunes ayant commencé un traitement hormonal entre 2007 et 2022. 1050 jeunes ont été inclus. Les auteurs ont relevé la date de début des hormones, les éventuelles interruptions notifiées dans les dossiers, la date du dernier contact : le statut de traitement à ce moment est leur résultat principal.


Mais il existe plusieurs limites importantes.


1. Les jeunes ayant arrêté les hormones avant six mois sont exclus

L’étude a exclu les jeunes ayant pris des hormones pendant moins de six mois, soit environ 174 personnes sur les 1 224 ayant débuté un traitement (14 %). Les arrêts de traitement durant cette période ne sont donc pas pris en compte. Par exemple, une personne qui prend les hormones, puis arrête à cause d'effets indésirables par exemple, ou bien qui ne souhaite plus poursuivre sa transition. Le taux de détransition rapporté ne concerne donc que les jeunes ayant déjà persévéré au moins six mois dans le traitement hormonal, qui ne sont pas forcément représentatifs de l'ensemble des jeunes qui démarrent le traitement.


2. Perte de suivi pour 20 % de la cohorte

Parmi les 1 050 jeunes inclus, 210 (20 %) étaient sous hormones à leur dernier contact, et ont donc été comptés comme poursuivant le traitement, alors qu'ils n'avaient pas donné de nouvelle depuis plus de 12 mois.

Prenons un exemple fictif : un jeune commence le traitement en janvier 2018, il consulte le service pour la dernière fois en juin 2020, toujours sous hormones. Plus aucune consutlation en 2021 et 2022. Fin 2022, les auteurs de l'étude examinent son dossier, et le compte "poursuivant le traitement", car aucune mention dans le dossier indique que le jeune a arrêté le traitement.


  • Selon Sing et Chun (2011) : « Si trop de participants à une étude abandonnent ou ne peuvent pas être contactés, la validité interne de l'étude est menacée (c'est-à-dire que les résultats observés peuvent ne pas représenter la vérité de la population étudiée) ».

  • Selon Dettori (2011) : « Certains ont suggéré qu'une perte < 5 % entraîne peu de biais, tandis qu'une perte > 20 % constitue une menace sérieuse pour la validité. Cela peut être une bonne règle empirique, mais gardez à l’esprit que même de petites proportions de patients perdus de vue peuvent entraîner des biais importants ».


3. Les cas de détransition ne sont identifiés que s'ils sont mentionnés dans les dossiers médicaux

Le chiffre de 0,5 % correspond à cinq cas de jeunes ayant clairement indiqué, dans leur dossier médical, être revenus au genre associé à leur sexe de naissance. Si un jeune a changé d’identité sans le dire à l’équipe médicale, ou si cela n’a pas été noté dans son dossier, il n’est tout simplement pas compté. Autrement dit, ce chiffre ne reflète que les cas pour lesquels la détransition est écrite dans les dossiers. Il ne tient pas compte des parcours qui ont pu se dérouler hors du cadre médical. Par ailleurs, les raisons pour lesquelles certains ont arrêté les hormones sont basées sur des notes dans le dossier, sans entretien ni méthode claire, ce qui rend l’analyse incomplète.


Cette étude est-elle fiable pour estimer le taux et les raisons de détransition ?

Dans son article sur le taux de détransition, Cohn (2023) rappelle que ce qui manque pour connaître le taux de détransition, c’est un suivi long terme de grands groupes de personnes trans au fil du temps, de profils similaires au profil actuel des jeunes s’identifiant trans, avec un instrument de mesure du regret approprié et une petite perte de suivi.

L’étude de Boskey et al. ne répond pas à ces critères : elle exclut les jeunes ayant arrêté les hormones avant six mois, elle ne prend en compte que les cas de détransition mentionnés dans les dossiers médicaux, et perd de vue un cinquième de la cohorte.


Est-ce que Trajectoire Jeunes Trans rapporte correctement cette étude ?

Le texte publié par Trajectoire Jeunes Trans le 22 janvier 2025 rapporte correctement plusieurs chiffres clés issus de l’étude, notamment les proportions de jeunes poursuivant ou arrêtant le traitement, et les motifs les plus fréquents d’interruption. La présentation du cadre clinique, de la durée de suivi et des conclusions générales est globalement conforme à l’article original.


Mais les limites décrites ci-dessus ne sont pas mentionnés.


De plus, le chiffre de 0,5 % est considéré comme représentatif d’un phénomène général, alors qu’il ne représente pas la proportion réelle de ceux qui détransitionnent (pour les raisons ci-dessus).


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