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Canadian Paediatric Society : analyse critique et limites des preuves

Kulatunga Moruzi et al., des chercheurs et médecins canadiens, ont publié un commentaire concernant la prise de position (Position Statement) de la Canadian Paediatric Society, publiée par Vandermorris et Metzger, 2023.

Commmentaire sur la prise de position de la Canadian Paediatric Society,  jeunes transgenres, dysphorie de genre

Par la suite, cette prise de position est notée CPS-PS


Kulatunga Moruzi et al. commencent par rappeler les deux grandes approches dans la prise en charge des jeunes avec dysphorie de genre (en savoir plus : Kozlowska et al., 2024) :

1. Approche fondée sur les droits 

→ Priorité accordée à l'autonomie du patient et le soutien à la réalisation de ses objectifs et à son autodétermination → L’évaluation biopsychosociale est superflue.

2. Approche fondée sur les preuves

→ Vise d’abord la sécurité et l’efficacité des traitements, tout en respectant l’autonomie du patient, mais en s’appuyant sur des données scientifiques solides.

 

Ils rappellent que les « preuves » proviennent de revues systématiques qui, pour chaque résultat étudié, examinent l’ensemble des études disponibles portant sur ce résultat en évaluant notamment le risque de biais des études individuelles, l’imprécision, le caractère indirect, l’incohérence et le biais de publication. Chaque résultat se voit ensuite attribuer un niveau de certitude : élevé, modéré, faible ou très faible.

 

Dans la médecine du genre pour mineurs, toutes les études sont observationnelles ; elles partent donc avec un niveau de certitude « faible ». Ce niveau peut être rehaussé en cas d’effet très important, de relation dose–réponse claire, ou de méthodes permettant de maîtriser les facteurs de confusion.

  • niveau faible : « il est très probable que des recherches supplémentaires changent les estimations de l'effet »

  • niveau très faible : « la confiance accordée à l'estimation de l'effet est très faible et l'effet réel pourrait être sensiblement différent » : on ne peut pas exclure ni un bénéfice, ni un risque.

 

En savoir plus : liste des revues systématiques sur cette question.

 

Description du Cass Review

Les auteurs expliquent ce qu’est le Cass Review (Examen indépendant des services d’identité de genre pour enfants et adolescents au Royaume-Uni). Il a été dirigé pendant quatre ans par la Dre Cass. Cet examen s’est appuyé sur plusieurs sources : des recherches spécialement commandées, de nombreuses consultations avec des cliniciens et des professionnels paramédicaux, des rencontres et groupes de discussion avec des jeunes, leurs parents et des associations, ainsi qu’une analyse du fonctionnement de différentes cliniques internationales.

 

Kulatunga Moruzi et al. décrivent les conclusions et recommandations du rapport final de cet examen :

  1. « La polarisation autour des questions transgenres a créé un environnement de travail difficile, entravant la capacité à fournir de manière cohérente des soins holistiques.

  2. La plupart des lignes directrices cliniques, y compris celles de l'Endocrine Society (ES, 2017), les « Standards of Care » de la WPATH (SOC-7, 2012 et SOC-8, 2022), et la déclaration de position de l'American Association of Pediatrics (AAP), sont de faible qualité et ne sont pas recommandées.

  3. Les preuves des bénéfices de la transition sociale, des bloqueurs de puberté et des hormones sexuelles croisées sont de très faible/faible certitude.

  4. Il n’existe aucune donnée permettant de connaître les effets à long terme chez les enfants ayant reçu des bloqueurs et hormones sexuelles croisées.

  5. Un nouveau modèle de prise en charge a été recommandé : il inclut une évaluation complète, un diagnostic différentiel et un accent sur le soutien psychologique, la transition médicale n’étant envisagée qu’avec une supervision rigoureuse et uniquement dans le cadre de la recherche. »

 

Kulatunga Moruzi et al. signalent également que les auteurs de la CPS-PS ont publié ailleurs (Vandermorris et al., 2024) un ensemble de critiques contre le Cass Review. Ces critiques reprennent les arguments développés dans les « rapports à charge » de McNamara et al. 2024 et Noone et al. 2025.

  • Vandermorris et al. soutiennent « que de nombreuses études ont été exclues des revues systématiques commandées par la revue car elles ne répondaient pas aux critères méthodologiques idéaux ». Cette affirmation est inexacte : les revues systématiques en question (Taylor 2024a, b) ont examiné 103 études observationnelles non randomisées et ont utilisé l’échelle de Newcastle–Ottawa, un outil destiné à évaluer la qualité méthodologique de ce type d’études. Seules deux d’entre elles ont été jugées de haute qualité, et 58 % ont été considérées d’une qualité suffisante pour être incluses dans la synthèse du Cass Review.

  • Ils reprochent aussi au Cass Review d’avoir été dirigé par une seule personne sans expérience en soins affirmatifs, ce qui, selon eux, en compromettrait la légitimité. Selon Cheung et al., 2024, ce reproche dénature le rôle et le processus d’un examen indépendant : les examens indépendants au Royaume-Uni sont justement confiés à une personnalité extérieure au domaine évalué afin de garantir l’impartialité du processus.

  • D'autres critiques formulées par ces rapports à charge ont été analysée par McDeavitt et al. (2025), qui concluent qu'elles « avancent des affirmations inexactes ou manquant de clarifications/contextualisations essentielles ». D’autres auteurs réfutent également ces critiques : Clayton et al. (2024, Australie) ; Kingdon et al., 2025.



Lacunes de la déclaration de position de la Canadian Paediatric Society

Selon Kulatunga Moruzi et al., « Les conclusions du Cass Review soulignent de nombreuses lacunes de la CPS-PS. La CPS-PS :

  1. s’appuie sur des lignes directrices que le Cass Review a jugées peu fiables ;

  2. traite l’identité de genre comme une caractéristique stable et, ce faisant, ignore l’histoire du développement de la détresse liée au genre chez les jeunes, la recherche sur la désistance et la détransition, ainsi que les liens entre détresse liée au genre et comorbidités en santé mentale ;

  3. ne discute pas de l’augmentation fulgurante du nombre de jeunes, en particulier de filles adolescentes (souvent avec des comorbidités psychiatriques et/ou neurodéveloppementales) s’identifiant comme transgenres au cours de la dernière décennie ;

  4. ne mentionne pas la littérature croissante sur le regret et la détransition, ni la façon dont l’expérience des personnes ayant détransitionné pourrait éclairer la pratique clinique ;

  5. surestime les bénéfices et minimise les risques des bloqueurs de puberté et des hormones sexuelles croisées.

  6. ignore la complexité de l’obtention d’un véritable consentement éclairé pour ces traitements. »

Pour en savoir plus sur les arguments avancés par Kulatunga Moruzi et al.

Consulter ce 🔗Google Doc, qui aborde les points suivants :

  • Appui sur des recommandations cliniques que le Cass Review a jugées peu fiables

  • Conception limitée de l’identité de genre

    • Absence de considération pour l’évolution spontanée de la dysphorie

    • Absence de considération du phénomène de détransition

  • Absence d’une véritable évaluation clinique approfondie et rigoureuse

  • Surestimation des bénéfices et minimisation des risques des bloqueurs de puberté

    • Affirmation 1 inexacte : Les bloqueurs « offrent à un jeune le temps d’explorer davantage son identité de genre ».

    • Affirmation 2 inexacte : Les bloqueurs sont réversibles

  • Surestimation des bénéfices et minimisation des risques des hormones sexuelles croisées

    • Manque de données robustes sur les effets des hormones

    • Associations entre hormones et diverses morbidités

    • Le couplage « bloqueurs + hormones » pourrait augmenter les risques

    • Ce que disent les évaluations des preuves

  • Déni de la complexité du consentement éclairé en contexte pédiatrique

    • Informations devant être fournies par les professionnels

    • Implications pour le jeune

    • Données empiriques sur la capacité de consentement aux traitements endocriniens

    • L’information donnée façonne les préférences du patient

    • L’autonomie seule ne suffit pas à déterminer l’éthique d’un traitement



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